mercredi 3 août 2011

Terra rossa




d'ici

vallées asséchées

paléorivières moirées

dans l'étoffe de la mémoire


alluvions schistes granits

causse-tropique

pluies diluviennes


photons ferrugineux

oxydés


mot-terre rouge

embrasant le regard

de l'homme

mercredi 29 juin 2011

dolines de nos corps

dolines de nos corps
qu'érodent ces ruissellements de mots

affaissements de nos sols intérieurs
où s'accumulent les sédiments de nos vies

sentir la naissance des avens de nos âmes
ouvrant sur notre éblouissement

sans répit -

sans répit -

chercher à peser
notre poids en lumière
dans nos mots

mercredi 26 janvier 2011

Lapiaz

lapiaz
ou ici cairissa cavanhàs

l'oeil prend des indices

fissures rigoles leisines

ajuster son pas chercher un appui
pour les mots

passer à la crête suivante

roche langage déchiquetés
ruissellements
gélifraction de la parole

îlots de répit
archipels de la végétation

buis
genévriers
chênes verts

et ici et là

dans les interstices
crânio-calcaires

l'odeur rampante du thym

jeudi 5 août 2010

(Trespis 2010)

suivre cette sente de mots
qui veut dire l'indicible de la matière
un champ des clôtures abandonnées
où jadis le foin de la parole se battait
se mouvait entre l'homme et ce qui fait l'homme

ce qui se dit dans un poème sans qu'on sache
à quoi l'on touche - beauté, accord

soulever un espace tisser le vécu
éclairer dans l'écrit la lumière des hautes herbes



* * * * *


ces feux de parole que tu allumes
pour tenter d'entretenir une clarté
un passage entre la matière et l'idée

poèmes de lichen pour occuper de vie
les brèches d'un désespoir granitique

dimanche 23 mai 2010

Sous l'ardeur des eaux

Sous l'ardeur des eaux
s'usent les pierres dans leur immobilité -

Résurgences diaphanes
où s'abreuve ta parole inachevée.
Braises de mots que portent les courants
où le monde éclate dans sa brièveté.

Irradiations des granits, résonances des schistes,
pistes de sédiments dans ta voix calcaire,
silences métamorphiques qu'hurle ton corps
dans la naissance translucide des feuillages.

Pensées flottantes que suit la nudité de tes pas -

samedi 3 octobre 2009

Evn-preizh

En pêchant vers Landudal

Cela vint avec un bruit
de frottement dans l'air
au ras de ma tête
et un frisson
le long de mon échine
qui me firent lever les yeux

ce que je vis d'abord
fut un trait d'ombre
qui s'élevait
reposant sur le vide
basculant sur le côté
pour entamer un cercle
au-dessus de moi
et prendre la forme
d'un oiseau de proie

plumes bec serres yeux
que j'imaginai voir
tournaient là
poussant leur cri
d'intimidation

j'étais saisi
les cercles successifs
le passage dans le soleil
le plongeon vers mon aveuglement
ce frottement dans l'air
au ras de ma tête
et chaque fois un frisson
le long de mon échine

lâcher ma proie
pour le répit de l’ombre
de ne plus être proie
revenir à l’éclatement
de la lumière à la menace
du plongeon de l’oiseau

frottement-frisson
dans l’air de mon échine
frôler une idée de la mort
dans le tressaillement de la vie